Les lignes de désir, par Rima Elkouri (La Presse)

Dès 1992, alors qu’il travaillait à la Ville de Montréal, Jean Décarie avait en effet étudié en long et en large cette cicatrice urbaine créée par le chemin de fer du CP. Le long du couloir ferroviaire, on avait fait l’inventaire des brèches dans la clôture. En suivant les pas dans la neige, on avait cartographié les «lignes de désir» - jolie expression du génie des transports qui désigne les passages incontournables empruntés instinctivement par les gens.
Ces nombreuses lignes de désir sont très éloquentes. Elles sont le symptôme d’un aménagement urbain déficient. Si on y érige un mur, il sera démoli. Si on plante une clôture, elle sera coupée. Si on répare la clôture, elle sera trouée le lendemain. Et si on donne des contraventions aux «délinquants», cela ne changera absolument rien…
Elévation

Pauline Fouché, série photographique : Elévation 2010.
Dans cette série, les paysages naissent d’une tension entre la nature et l’espace urbain. L’humaine, réduit a sa silhouette, s’y inscrit par défaut, comme pris au piège, comme étranger à son environnement. Par sa position, tournée vers un horizon indistinct, le personnage chercher un ailleurs au-delà du visible, questionnant les limites de l’image. La série tente de définir un rapport d’échelles et de distances là où l’humain est pris dans l’image, inscrit dans un paysage, intermédiaire et improbable, auquel il est confronté sans pouvoir y échapper.